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          L' International Dolphin and Whale Conference est organisée par Communicare, le pendant européen de l’ICERC (International Cetacean Education Research Center), une association basée en Australie dont l’objectif est de rassembler des spécialistes de différentes disciplines afin qu’ils puissent, ensemble, résoudre l’énigme des messages qu’adressent les dauphins aux humains. Car les dauphins , et c’est l’un des thèmes récurrents de ces conférences, ont des messages à nous transmettre ; mieux, ils cherchent à nous transmettre des messages. A nous de nous ouvrir pour les entendre. 
           « Que l’esprit du dauphin soit avec vous », pouvait-on lire au bas du feuillet de présentation d’un séminaire de relaxation inspiré par les dauphins, tandis que Joan McIntyre éditait en 1974 un ouvrage collectif consacré aux dauphins et aux baleines sobrement intitulé Mind in the Waters. « Si les hommes et les femmes de cette planète étaient inspirés, fût-ce de loin, par le mode de vie de leurs cousins marins, cela accélérerait leur évolution vers une créature pleinement humaine », nous dit la plaquette publicitaire de la huitième conférence de l’ICERC. Dans notre imaginaire d’Occidentaux, le dauphin représente donc un état d’animalité qui, exceptionnellement, n’est pas synonyme de régression mais de progression : il est l’étape suivante de l’évolution humaine. Les humains touchés par l’« esprit du dauphin » sont réputés devenir meilleurs : plus pacifiques, plus sages, plus fraternels, bref plus « humains ».
     
          Mais en réalité, qu'en est-il? Les dauphins sont-ils vraiment doués d'une intelligence supérieure? Il semble ici important de se pencher sur les études scientifiques faites sur « l'ésprit du dauphin », mais également sur les rencontres entre hommes et dauphins car, et comme le dit le poète: « J’ai un esprit moi-même et je reconnais l’esprit quand je le rencontre sous l’une de ses formes ».
     
           Intéressons-nous tout d'abord au cerveau de cet animal. Il convient ainsi ici, de le peser, de le mesurer et de calculer des indices dits d’« encéphalisation » : rapport du poids du cortex au poids total du cerveau, rapport du volume du cerveau à la taille de l’animal par exemple. Ces indices quantifiés servent à classer les espèces animales en général selon leur degré d’encéphalisation. Sur ces échelles, et quels que soient les indices utilisés, on rencontre le même classement : l’homme vient en tête, talonné par le dauphin Tursiops et, loin derrière, arrivent les singes anthropoïdes. Le degré d’encéphalisation (mesurable et mesuré, rappelons-le) est en réalité une manière de distinguer, dans le fonctionnement du cerveau, ce qui relève du « corps » de ce qui renvoie à l’« esprit ».. Notre classement devient alors un classement des intelligences, et de ce point de vue le dauphin Tursiops est bien plus proche de nous que les primates.
          C’est donc pour les scientifiques le degré d’encéphalisation qui, à lui seul, mesurerait la parenté entre le dauphin et l’homme.
     
          Cependant, il est à noter que, ce que l’on connaît aujourd’hui le mieux du dauphin, ce sont ses capacités sensorielles. Cela grâce à une méthode reine, l’antique psychophysique (elle remonte à 1850), la toute première méthode d’investigation quantitative de la psyché humaine. En mettant en évidence l’existence d’un sonar chez les cétacés en 1961, Kenneth Norris n’a pas seulement ouvert la voie à de multiples études sur les capacités auditives des dauphins, il a également défini une procédure, permettant de « poser des questions » à l’animal et d’en recevoir des réponses fiables. La difficulté dans les études de psychophysique conduites avec des espèces animales est évidemment de faire comprendre aux sujets ce que l’on attend d’eux : de leur faire « dire » si oui ou non ils perçoivent un stimulus ou la différence entre deux stimuli. C’est généralement impossible. Cependant, et avec les dauphins, quelques séances de dressage suffisent généralement à faire comprendre à l’animal ce que l’on attend de lui : il doit par exemple appuyer sur le levier de gauche s’il perçoit le stimulus, et sur celui de droite s’il ne le perçoit pas. Lorsque l’animal donne 100 % de bonnes réponses, on considère qu’il a compris la question.
          Une infinité de questions ont ainsi été posées aux dauphins. Ce sont leurs capacités de production, de réception et de traitement des sons qui ont été le plus étudiées, mais il existe également nombre de recherches sur la perception visuelle, gustative et tactile. A toutes ces interrogations, ils ont répondu de manière fiable, permettant aux expérimentateurs de dresser des cartes détaillées et quantifiées de leurs capacités sensorielles. Elles confirment ce que l’anatomie laissait supposer : ils possèdent « des capacités de production et de réception des sons qui se trouvent être parmi les plus sophistiquées du règne animal connu » (Nachtigall 1986 : 95). « Pourtant, en dépit de toutes ces expériences minutieuses, nous en savons encore très peu sur la manière dont le sonar du dauphin fonctionne effectivement » (Moore 1991 : 380).
     
          A notre connaissance, trois scientifiques ont particulièrement fait avancer la recherche sur les dauphins. Il s'agit de Jerison (1986) ; Norris & Dohl (1980) ; Norris (1991). Se basant sur la taille du cerveau comme indice de puissance de traitement de l’information, sur l’existence d’un sonar et sur la « primitivité » du cerveau des dauphins, Jerison aboutit à la conclusion que d’une part l’évocation de la subjectivité du dauphin n’est pas incongrue, c’est-à-dire qu’ils auraient bien une notion du « soi », mais que, d’autre part, cette subjectivité est profondément différente de la nôtre, davantage liée à l’émotion. A partir de l’observation naturaliste de la vie quotidienne des dauphins dans leur environnement, Norris & Dohl (1980) ont émis l’hypothèse qu’un banc de dauphins possède un « système d’intégration sensorielle » qui, en cas de danger, le fait agir comme un collectif unitaire primant sur l’individualité animale. Dans Dolphin Days, un ouvrage grand public relatant une vie de recherches sur les dauphins Spinner, Norris propose un concept de subjectivité dans lequel la notion d’« individu » outrepasse les limites du « soi ». Se basant sur des anecdotes observées en delphinarium, il suggère également (1991) l’existence de règles de « bienséance » à l’intérieur d’un banc, comme « ne pas diriger son sonar vers un congénère proche » ou, plus sérieusement, « ne pas “faire semblant” d’être en difficulté ».
     
          Un autre scientifique n'est pas à omettre dans cette étude de l'intelligence du dauphin. Louis Herman, référence incontestée en matière de cognition chez les delphinidés (il a publié, seul ou en collaboration avec les chercheurs de son laboratoire, plus de la moitié des articles scientifiques disponibles sur la cognition des delphinidés). Ce dernier renoue avec une très ancienne conception de la psychologie animale : l’usage du dressage comme méthode d’accès à l’« esprit » de l’animal. Herman, toutefois, ne parle jamais de dressage, mais d’éducation.
          Accumulant les résultats expérimentaux (voir, pour une revue, Herman 1986, Herman et al.1993), Herman aboutit à des conclusions extrêmement affirmatives sur les capacités des dauphins « à apprendre et à comprendre des instructions données par des phrases impératives exprimées dans la grammaire de langages artificiels» (Herman 1986 : 227). Selon lui, ses animaux ont démontré « qu’ils tiennent compte des aspects sémantiques et syntaxiques des phrases qui leur sont données » (id. ibid. : 246), ce que, ajoute-t-il, le travail avec les primates n’a pas permis de démontrer, et aussi qu’ils ont compris que les gestes ou les sons qu’on leur soumet « représentent symboliquement des objets et des événements dans le monde réel » (id. ibid. : 239).
          Pour étayer ces conclusions, Herman se fonde sur un ensemble de faits qu’il a lui-même expérimentalement établis. Ses dauphins sont en effet capables :
    • d’exécuter des instructions données dans des phrases nouvelles (soit dans des combinaisons de mots n’ayant pas été expérimentées auparavant) et dans des phrases dont la signification dépend partiellement de l’ordre des mots ;
    • d’exécuter une instruction donnée en l’absence des objets concernés ;
    • de répondre par « oui » ou « non » à la question « Tel objet se trouve-t-il dans le bassin ? » ;
    • de généraliser et de « former et utiliser des règles générales lorsqu’ils résolvent des problèmes de laboratoire. Ces règles sont généralisées dans le sens où elles guident les réponses à une classe de problèmes plutôt qu’à de simples problèmes » (1986 : 242).
          Allant de pair avec le monde scientifique, le regard du naturaliste apparaît capital dans l'évaluation de l'intellect des dauphins. Ce dernier se tient à la supposition de l’existence chez les dauphins d’activités sociales complexes : « La plupart des dauphins passent leur vie entière dans un banc en déplacement. Ce sont des animaux socialement hautement avancés et on peut s’attendre à ce que leurs relations intra-banc soient complexes ; (Norris & Dohl 1980 : 212). Il sera également préparé à observer une pêche coopérative et à supposer que celle-ci est soutenue par des échanges d’information acoustique et visuelle (par exemple Würsig 1986). Il sera en fait disposé à penser que les animaux qu’il observe ont conscience de ce qu’ils font, plutôt que de les considérer comme des êtres aveugles obéissant à des lois dont ils n’ont pas conscience.
     
          Un très bel exemple dans l’explication du comportement animal nous est fourni par Kenneth Norris, le naturaliste qui a probablement amassé le plus d’informations sur la vie des dauphins Spinner du Pacifique. Il s'agit ici du comportement « épimélétique » des cétacés, c’est-à-dire les comportements de support d’un congénère malade ou affaibli (ou, dans certaines observations en delphinarium, mort) aux fins de l’empêcher de couler et de se noyer. 
          S’interrogeant sur l’explication de tels comportements, Norris demande que, en raison des données sur les capacités d’apprentissage d’ordre supérieur chez les dauphins, on n’élimine pas a priori l’hypothèse selon laquelle « l’animal impliqué dans le comportement épimélétique avait perçu le contexte de la situation (un animal en détresse, et la possibilité imminente de sa mort) et était capable d’y répondre » (Norris & Dohl 1980 : 238). En 1982, il propose une explication basée sur un altruisme réciproque impliquant la reconnaissance individuelle (Connor & Norris 1982). Norris suggère donc que le dauphin agit dans un monde qui est pour lui significatif.
          Il est ici impossible d'effacer, et cela est en réalité à déplorer, le point de vue émis à partir du delphinarium sur l’« esprit » des dauphins. Il n’est à vrai dire intéressant que parce que cette entreprise qui a nom delphinarium entend détruire cette entité mentale. L’« esprit » du dauphin est l’ennemi des delphinariums ; il menace, en effet, leur activité commerciale. Car, comme le racontait si bien Robert Merle dans Un animal doué de raison, une fois que les dauphins eurent démontré leur haut degré d’avancement intellectuel en répondant aux interrogations des journalistes, de nombreuses questions éthiques se posèrent. Lilly (1961) prédit également que « lorsque nous pourrons vraiment communiquer avec les dauphins, de sérieuses questions d’ordre moral se poseront ».
          Pourtant, s’ils doivent détruire l’« esprit » du dauphin ou, en tout cas, guerroyer contre l’image du dauphin « merveilleux » qui résulte de la présence de cet « esprit » chez l’animal, les delphinariums n’en sont pas moins obligés d’entretenir autour de l’animal un certain enchantement ; après tout, ce sont des dauphins que le public vient admirer. Pour répondre à ces exigences apparemment contradictoires, les delphinariums adoptent une stratégie reposant sur quelques éléments du genre: l’infantilisation de l’animal (c’est ainsi qu’on l’appelle « notre petit pensionnaire »), ou la création d’un faux « merveilleux » inhérent à tout numéro de cirque (l’animal « donne un baiser », « dit au revoir », etc., et exécute des séries d’acrobaties impressionnantes)
          Enfin, et la chose semble être la plus intéressante, il est capital de donner la parole à ceux et celles qui ont eu la chance incommensurable de rencontrer ces êtres fait de magie et de grâce.
    « Mes rendez-vous avec les dauphins et les baleines ont été des moments d’une extrême intensité. […] Au travers des sons, des gestes, des regards, des jeux, des danses subaquatiques et dans une harmonie parfaite, une complicité se développait entre les dauphins et moi. Une communication naissait également à un niveau plus subtil, non physique, comme si chacun devinait les pensées, les sensations des autres. Les dauphins semblaient sonder mon âme, je le sentais physiquement au travers des ondes émises par leur sonar. Ces interactions ont déclenché en moi de nouvelles prises de conscience, j’ai senti mon cœur s’ouvrir, laissant couler un sentiment d’amour infini pour les dauphins, pour moi-même et pour tout être vivant… » (Pavy 1997 : 19). « Je n’oublierai jamais le sentiment d’euphorie comme je nageais et jouais avec ces créatures de la mer magnifiques et je les remercie du fond du cœur. »
     
          Pour la plupart de ceux qui l’ont vécue, la rencontre avec un dauphin fait partie de ces quelques moments inoubliables de l’existence. C’est un instant – rare et précieux – pendant lequel l’être humain semble faire l’expérience de la grâce, selon la définition qu’en donne G. Bateson : « Cette intégration des différentes parties de l’esprit [mind] – et, particulièrement, de ces niveaux multiples dont l’un des extrêmes est appelé « conscience » et l’autre « inconscient ». Pour parvenir à la grâce, les raisons du cœur doivent s’unir avec les raisons de la raison » (1977 : 140).
    L’union du cœur et de la raison : c’est l’un des thèmes récurrents des discours c’est à la fois ce que le dauphin représente et, dit-on, permet de réaliser.
     
          Pour fonder cette construction du dauphin en tant qu’il serait notre alter ego non rationnel, on a recours aux données anatomiques sur le cerveau des delphinidés. On souligne toujours sa grande taille, bien entendu, et son degré d’évolution.
    Au cours de sa rencontre avec un dauphin, il est fréquent, nous l’avons dit, que l’être humain « reçoive des messages » des animaux. Les contenus de ces messages sont multiples et variés, mais ils concernent toujours le « soi » venu à la rencontre des dauphins. L’être humain reçoit, en conséquence, des messages sur lui-même (c’est à moi que le dauphin s’adresse). C’est pourquoi ces rencontres, qui favorisent les prises de conscience, sont présentées sous la forme de révélation.
          Pour que les dauphins « parlent » aux humains, il faut que ceux-ci s’y préparent. L’état d’esprit est essentiel. On fustige ici tous les programmes de nage avec des dauphins et toutes les rencontres pour lesquelles l’état d’esprit n’est pas « adéquat » – chacun ayant évidemment sa propre notion d’état d’esprit « adéquat » – et qui ne sauraient pour cette raison déboucher sur le « véritable amour » . La réception des messages transmis par les dauphins appelle l’humilité, le respect, la spontanéité et le « lâcher prise ». « Nous devons être suffisamment humbles pour apprendre », explique un jeune biologiste dans Dolphin. Cette asymétrie dans la relation homme-animal structure également la rencontre en pleine mer, là où l’être humain se retrouve totalement à la merci du dauphin. Et c’est ici que le sonar, organe sensoriel sophistiqué, entre en jeu. Grâce à son sonar, le dauphin peut « lire les émotions » de l’humain, qui se trouve alors tout simplement transparent. Rien n’échappe aux dauphins : « Ils peuvent voir si vous êtes en bonne santé, si vous êtes agressif ou si vous avez peur. Ils peuvent vous scanner et voir à qui ils ont affaire. Ils peuvent aussi voir, par exemple, si vous êtes enceinte » Avec ce sonar, organe sensoriel énigmatique, de nombreux pouvoirs sont attribués aux dauphins, dont un « pouvoir de guérison » (cf. Cochrane & Callen 1995).
     
          Bien des éléments rassemblés ici semblent indiquer que le dauphin est largement considéré, dans notre société moderne, comme un animal sacré. Les rites positifs sont nombreux et la réticence des chercheurs eux-mêmes à sacrifier des animaux pour la recherche suggère la puissance du « tabou » des rites négatifs. Les réactions passionnées que suscitent ces animaux conduisent en fait au meilleur comme au pire, au plus « pur » comme au plus « impur », à la « grâce » comme à son contraire. Les delphinariums se trouvent ainsi contraints, pour justifier captivité, dressage et spectacle de cirque à des fins commerciales, de désacraliser les dauphins en répétant sans cesse que ce sont des animaux « comme les autres ». En ce sens, les stratégies des delphinariums (infantilisation de l’animal, création d’un faux « merveilleux »…) sont une manière de lutter contre l’« esprit » du dauphin, cet « esprit » qui ne cesse de faire surface.

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    dauphin9
     
          Depuis plusieurs décennies, une certaine image du dauphin est née, laissant paraître un animal aux allures quasi parfaites, mêlant douceur, gentillesse, intelligence et beauté, tout ceci au service d'une osmose incroyable avec l'être humain. Oui mais voilà, ce point de vue, motivé par l'émergence des delphinariums, est celui de l'homme et passe totalement sous silence la réelle nature du dauphin, son instinct sauvage. En vérité, ce mammifère cache en lui de sombres aspects, révélant un caractère bien éloigné de cette image édulcorée.
     
          Le tursiops, autrement appelé le grand dauphin, peuple les delphinariums du monde entier, amusant les enfants et divertissant les adultes, de son large sourire et de ses aériennes acrobaties. Hors, le tursiop est également, à l'état sauvage, le plus agressif de la trentaine d'espèces de dauphin référencée. En effet, il compte parmi les rares animaux de la planète à être capable de tuer pour tuer. Doté d'une grande agressivité, il s'attaque à diverses espèces, ou tout simplement à ses propres congénères. Les dauphins sont d'ailleurs recouverts d'entailles provoquées par les dents acérées des grands mâles du clan, généralement désignés comme auteurs de ces tueries. Un claquement de bec, signifiant la volonté d'en découdre, entame les hostilités, celles-ci s'organisant en un violent ballet, où les dauphins, allant de morsures en coup de rostre, empêchent bien souvent leur victime de remonter à la surface, la privant ainsi d'air. Animaux ayant un sens aiguë de l'organisation, il n'est pas rare de voir plusieurs tursiops s'attaquer à une même animal, réduisant ses chances de fuites et de survie. A vrai dire, la seule véritable chose qui est en mesure de permettre au malheureux d'échapper à l'attaque de ses bourreaux, est l'aide de ses congénères. En venant à son aide en nombre, ils dissuaderont les tursiops d'assouvir leur instinct meurtrier.
     
          En Bretagne, le tursiops attaque sans raison alimentaire le goéland ou le fou de Bassan, et le noie après l'avoir épuisé. Aux îles Galapagos, des dauphins tourmentent les otaries à fourrure et les lions de mer, ainsi que les iguanes marins.
     
          En 1996, Ben Wilson et son équipe ont trouvé, sur une plage du Moray Firth, en Ecosse, un cadavre de marsouin des ports, ou marsouin commun. L'animal portait des plaies profondes, parallèles, qui couraient sur les deux flancs et avaient causé une hémorragie fatale. Les lésions s'accompagnaient de traumatismes internes: côtes cassées, poumons perforés...Après avoir soupçonné divers prédateurs, les scientifiques ont dû admettre que les balafres avaient été infligées par un turiops; la distance entre les stries sanglantes était exactement celle qui sépare les dents du grand dauphin.
     
          Le dauphin apparaît ainsi sous des traits bien éloignés de ceux ancrés dans la conscience collective, rappelant aux hommes son naturel sauvage et parfois cruel.

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    dauphin_squelette
    Squelettes relatant l'évolution du dauphin
     
        Appartenant à la famille des delphinidés, les dauphins sont des cétacés, mammifères qui, au cours de leur évolution, se sont adaptés à la vie dans l'eau, perdant leur faculté de se déplacer sur terre. Leurs ancêtres sont ainsi des mammifères terrestres, proches des artiodactyles (mammifères à sabots, ongulés, à nombre pair de doigts). On situe leur apparition à l'ère de l'éocène, il y a environ 50 millions d'années. 
    Pakicetus encetre
    Pakicetus
     
          C'est au début des années 1980, en bordure de l'Himalaya, à la frontière pakistanaise, qu'est découvert le premier fossile connus de ces mammifères, nommé Pakicetus (famille des pakicétidés). Les études portant sur ses ossements ont montré qu'il s'agissait d'un animal quadrupède, de la taille d'un chien, carnivore ou charognard. À partir des pakicétidés (qui se seraient éteints il y a quelque 30 millions d'années), la lignée conduisant aux cétacés va progressivement s'adapter à la vie dans l'eau, amphibie d'abord, puis totalement aquatique.
     
    Squalodon
    Squalodon
     
          L'écholocation serait apparue avec le Squalodon (famille des squalodontidés), un odontocète (cétacé à dents) ayant vécu il y a 33 à 14 millions d'années (à cheval sur l'oligocène et le miocène).
     
          Des fossiles, découverts en Italie et dans la vallée du Rhin, ont permis de reconstituer le Squalodon type : les membres antérieurs ont été remplacés par des nageoires, les narines ont migré sur le sommet de la tête, la mâchoire est pourvue d'un grand nombre de dents et le corps, fusiforme, mesure environ trois mètres de long. Il semble que son régime alimentaire et sa biologie aient été très proches de ceux de l'orque actuel, étroitement apparenté au dauphin. Les squalodontes sont-ils les ancêtres directs des delphinidés ? La question n'est pas tranchée. On sait en revanche qu'au cours du miocène (- 24 à - 5,5 millions d'années), les odontocètes sont déjà bien diversifiés.

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